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La petite trentaine, je suis journaliste. Né à Paris, je découvre la Guyane au début de la décennie 2000. Quel choc visuel ! La suite
? C’est sous la carte.
Oui, quel choc visuel lorsque vous vivez l'expérience intense qu'est un survol
de la forêt, océan végétal aux multiples teintes de vert. Vous vous dites : « Comment la nature peut-elle créer de tels joyaux ? »
Et puis, tout d’un coup, vous apercevez de l’hélicoptère une abominable tranchée dans la verdure équatoriale, une autoroute de gadoue, d’arbres abattus et de fosses remplies d’eau croupissante.
Elle s’étend sur des centaines et des centaines de mètres. C’est le résultat du passage des chercheurs d’or. Nouveau choc visuel ! Mais cette fois, vous vous demandez : « Comment
l’homme est-il assez fou pour détruire un tel trésor naturel ? »
J’espère que ce site Internet et que le livre Guyane française, l'or de la honte (qui est sorti fin septembre 2007 chez Calmann-Lévy) contribueront, à
leur humble niveau, à déclencher une réelle prise de conscience sur ce que subit la Guyane, afin que le plus vaste des départements français, terre de tous les extrêmes dont on tombe si
facilement amoureux, ne connaisse pas une funeste destinée.
Avec ce parc national, finalement créé début 2007, la Guyane a [...] ajouté un nouveau record à son palmarès. Le département de tous les
superlatifs possède désormais le plus grand espace français du genre, bien plus étendu que tous les autres mis côte à côte.
Le projet avait été très officiellement annoncé par François Mitterrand lors du Sommet de la Terre à Rio. C’était en 1992. Quinze ans plus tard, victime d’une série de blocages, il sort à peine des cartons et déclenche régulièrement des polémiques. Amérindiens, Noirs marrons, élus, écologistes, orpailleurs, tout le monde s’en mêle et défend ses intérêts.
Ce qui est en jeu, c’est l’installation d’un immense périmètre dédié à la protection de la nature et au développement durable, s’étalant sur un gros tiers du département, du sud jusqu’au centre. Ce parc va permettre « enfin à la France de montrer une réalisation exemplaire », selon les mots de Jean-Jacques de Granville, conservateur de l’Herbier de Guyane.
Au Comité français de l’UICN [l’Union mondiale pour la nature], Florian Kirchner salue une « avancée concrète pour la préservation de la forêt », tout en se disant « extrêmement préoccupé par la situation engendrée en Guyane par les activités d’orpaillage illégal ».
Ce n’est en fait qu’en juin 2006 qu’un véritable projet a été présenté, après les échecs des avant-projets de 1995 et 1999. Une présentation qui est intervenue dans un contexte plus général de réforme de la loi de 1960 régissant les parcs nationaux, avec notamment l’intégration dans les nouveaux textes d’un chapitre consacré à celui de Guyane. Puis en février 2007, après une enquête publique, le décret de création du parc amazonien de Guyane a été publié au Journal officiel.
S’inscrivant dans le prolongement de son homologue brésilien des monts Tumuc Humac, il comprend une partie « coeur » de 2,03 millions d’hectares, soumise à une réglementation stricte, mais adaptée aux habitants « qui pourront [...] poursuivre leurs activités quotidiennes de subsistance », précise le service communication du parc.
Contiguë à cette zone « coeur », une « aire d’adhésion » libre pour les communes, devant atteindre 1,36 million d’hectares, doit permettre un développement durable.
Et l’une des questions qui déchirent les protagonistes impliqués dans le dossier est bien sûr de savoir si l’orpaillage sera admis. « L’activité minière légale n’est pas totalement exclue. Mais, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, elle pose de gros problèmes », concédait Colin Niel lorsqu’il était chef de la Mission pour la création du parc de la Guyane, sachant que « dans le “coeur” toute activité minière est interdite par la loi ». Dans l’« aire d’adhésion », en revanche, rien n’est encore décidé. La suite, c’est dans « Guyane française, l’or de la honte », publié le 26 septembre 2007 chez Calmann-Lévy.
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