Mercure : les Amérindiens contaminés

Publié le par Axel M


[Nous sommes  à Twenké dans un village amérindien du Sud-Ouest guyanais.] Assis sous son carbet, le grand man [Amaïpoti Twenké, chef coutumier de l’ethnie wayana], peau tannée, visage ridé imperturbable et allure grave, en impose, même dans un vieux fauteuil de jardin en plastique.

 

[...]

 

A côté [de lui], à califourchon dans un hamac, Céline, l’une de ses petites-filles, donne nonchalamment la tétée à son nourrisson. Le système éducatif français est passé par là : la jeune femme parle bien mieux la langue nationale que son grand-père. « Pour le mercure, le docteur a dit de ne pas manger d’aïmara », explique-t-elle.

 

Et si « le docteur » lui a dit de faire attention à ce poisson, c’est parce que c’est un carnassier et que c’est dans ces animaux situés en bout de chaîne alimentaire aquatique que se retrouvent les plus importantes concentrations de mercure diffusé dans l’environnement.

 

[...]

 

Les effets néfastes de l’extraction aurifère ne se limitent [...] pas à une agression de la forêt, aux drames de l’immigration clandestine et à un climat de violence. Le mercure [produit utilisé par les garimpeiros pour récupérer l’or par amalgamation] se diffuse dans la nature, polluant l’atmosphère et les cours d’eau. C’est dans ces rivières, par un processus complexe, sous l’influence de bactéries, et s’il a au préalable subi une oxydation, qu’il peut revêtir une forme particulièrement dangereuse et absorbable par les êtres vivants : le méthylmercure.

 

Au fur et à mesure qu’il parcourt la chaîne alimentaire, il s’accumule et les concentrations augmentent. En fin de circuit, les poissons carnivores sont les plus touchés et peuvent à leur tour contaminer les Amérindiens, qui pour leur malheur en sont de gros consommateurs.

 

A Twenké, la nuit est tombée et l’heure du dîner a sonné. Bras tatoués et cheveux courts, Kumakawalē Malicoumane, l’un des gendres du grand man, plonge sa cuillère bosselée dans une assiette en plastique remplie de riz assaisonné d’une simple sauce tomate aux oignons. La suite, c’est dans « Guyane française, l’or de la honte », publié le 26 septembre 2007 chez Calmann-Lévy.

 

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Commentaire : 

Trop d'intérêts économiques pour certaines autorités sont en jeu.
Le problème est dénoncé depuis bien des années. les Amérindiens ne sont pas écoutés. Ils ont pourtant des demandes précises.Le projet de parc n'apporte pas d'amélioration. Seuls, trois représentants amérindiens (plus que deux maintenant) sont représentés au sein du Comité. L'un s'est suicidé suite aux pressions qu'il a subit...
Enfin! merci de votre livre...avec l'espoir qu'il sera d'une bonne utilité...sait-on jamais!
Meilleures salutations

commentaire n° 1 posté par : claudine Jaquet 

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