La petite trentaine, je suis journaliste. Né à Paris, je découvre la Guyane au début de la décennie 2000. Quel choc visuel ! La suite
? C’est sous la carte.
Oui, quel choc visuel lorsque vous vivez l'expérience intense qu'est un survol
de la forêt, océan végétal aux multiples teintes de vert. Vous vous dites : « Comment la nature peut-elle créer de tels joyaux ? »
Et puis, tout d’un coup, vous apercevez de l’hélicoptère une abominable tranchée dans la verdure équatoriale, une autoroute de gadoue, d’arbres abattus et de fosses remplies d’eau croupissante.
Elle s’étend sur des centaines et des centaines de mètres. C’est le résultat du passage des chercheurs d’or. Nouveau choc visuel ! Mais cette fois, vous vous demandez : « Comment
l’homme est-il assez fou pour détruire un tel trésor naturel ? »
J’espère que ce site Internet et que le livre Guyane française, l'or de la honte (qui est sorti fin septembre 2007 chez Calmann-Lévy) contribueront, à
leur humble niveau, à déclencher une réelle prise de conscience sur ce que subit la Guyane, afin que le plus vaste des départements français, terre de tous les extrêmes dont on tombe si
facilement amoureux, ne connaisse pas une funeste destinée.
Il est parfois réconfortant de se dire, en toute humilité, qu’une situation que l’on a décrite (celle de l’orpaillage en Guyane et de l’action insuffisante de
l’Etat) et surtout que les prévisions faites sur l’avenir de ce département, sont vérifiées par les évènements une fois son livre paru [http://www.editions-calmann-levy.com/livre/titre-249109-Guyane-francaise-l-or-de-la-honte.html]. Lassé, sans doute, de voir les précédentes missions de lutte contre l’activité aurifère clandestine
conduites par la gendarmerie ne pas parvenir à menacer sérieusement la recherche anarchique du précieux métal, l’Etat a décidé de lancer une « opération exceptionnelle de
sécurisation », selon les propos du président de la République. Nicolas Sarkozy s’est en effet rendu les 11 et 12
février (2008) dans ce département des extrêmes, attachant lorsqu’on le connaît et repoussant lorsqu’on le voit à travers ses a priori de métropolitain.
Il fut d’ailleurs symptomatique de constater à quel point la presse nationale se soucia davantage, lors de ce déplacement de Nicolas Sarkozy, des déboires de campagne municipale de son porte-parole de l’époque (David Martinon) dans son fief de Neuilly et des sondages, plutôt que de l’avenir de la Guyane.
Lors de son déplacement, Nicolas Sarkozy a donc annoncé le lancement d’une vaste opération pour lutter contre cette activité aurifère clandestine aux lourds impacts environnementaux, sociaux et sécuritaires. Non de code : « Harpie ». Au total : mille hommes mobilisés, selon la préfecture. Avec un soutien affiché des forces armées de Guyane. Un détachement du GIGN, cette unité d’élite de la gendarmerie, ainsi qu’un membre de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique ont également et notamment été appelés en renfort. La gendarmerie peut aussi profiter de son nouvel hélicoptère, qu’elle attendait depuis bien longtemps. Le préfet a quant à lui signé des arrêtés « organisant la mise en place de points de contrôle fluviaux et réglementant la navigation sur certaines rivières. »
Au mois de mars, le parquet, à Cayenne, faisait le bilan d’une opération menée dans le cadre de la mission « Harpie » et aux résultats suffisamment rares pour être soulignés. Cette importante opération de police judiciaire s'est déroulée à Saint-Élie, commune de la République habitée majoritairement par des Brésiliens clandestins, isolée en pleine forêt amazonienne et où les esprits sont enfiévrés par la recherche aurifère. Lors de l'opération, les forces de l’ordre « ont pu mettre en évidence, selon le parquet, des filières organisées par des commerçants et alimentant l’orpaillage illégal », avec « 18 personnes [qui] ont été placées en garde-à-vue » et au final sept incarcérations.
Il n’en reste pas moins vrai, et c’est presque une lapalissade de l’écrire, que la lutte menée par l’Etat s’annonce encore longue et difficile face à ces milliers et ces milliers de garimpeiros qui viennent chercher illégalement de l’or. Plus que jamais, au nom de la Guyane, la République doit prendre conscience que ce morceau de France situé en Amérique du Sud fait partie intégrante de son territoire. Renforcer la présence de l’Etat est un premier pas. D’autres sont à faire…
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