IAMGOLD : une multinationale à l'assaut de la Guyane

Publié le par Axel M

 

Chape to kaz. « Rentre chez toi. » Ce graffiti de « bienvenue » en créole était inscrit, début 2006, sur le panneau d’accueil des bureaux de CBJ-CAIMAN, situés dans un faubourg de Cayenne. Une partie de la population n’apprécie pas la présence dans le département de cette filiale d’une société minière cotée sur les places boursières nord-américaines, venue en Guyane avec un grand programme d’exploitation.

 

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Cette grosse compagnie, c’est Cambior, basée à Montréal jusqu’à sa fusion en novembre 2006 avec IAMGOLD, située à Toronto, pour donner naissance au dixième producteur aurifère mondial. Et son projet en Guyane, c’est Camp Caïman, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Cayenne.

 

[Plus précisément, ce projet se trouve à l’intérieur du Parc naturel régional de la Guyane ; est proche de la réserve naturelle nationale des marais de Kaw-Roura, réputée pour ses caïmans noirs ; ou encore se situe dans une Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I...]

 

Là, Cambior espère construire une mine à ciel ouvert. Elle compte creuser deux carrières pour extraire le métal précieux contenu dans la roche, deux immenses fosses d’une centaine de mètres de profondeur.

 

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C’est fin 2004 que le Conseil d’Etat a accordé à Cambior un permis de 30 kilomètres carrés pour vingt-cinq ans, première concession depuis 1948 en Guyane. Le coût annoncé pour le développement du projet est de près de 130 millions de dollars. La somme paraît démentielle. Mais les réserves d’or récupérables sont estimées à 27 tonnes.

 

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A Camp Caïman, les roches décollées à l’explosif doivent […] être concassées, broyées et passées dans une solution de cyanure pour dissoudre l’or fin, qui sera ensuite capté par du charbon actif, récupéré par électrolyse et fondu en lingots de 30 kilos.

 

Plaît-il ? Du cyanure ? Comme celui qu’on glisse dans le thé de sa vieille tante pour s’en débarrasser ? Comment, CBJ-CAIMAN entend recourir à un produit qui nécessite le classement de son usine de traitement en installation Seveso [Etablissement présentant un risque d’accident majeur] ?

 

Pardon ? Cambior, c’est bien cette société qui exploitait la mine d’Omai au Guyana ? C’était en 1995 : lorsque la digue du parc à résidus s’est fissurée, elle a déversé son contenu cyanuré dans la nature. Plusieurs centaines de poissons sont morts, victimes d’empoisonnement, et la plainte des riverains n’a pas abouti. Un accident qualifié de catastrophique par les écologistes.

 

CBJ-CAIMAN tient à rassurer. Tout se fera dans les  règles de l’art à Camp Caïman.

 

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Mais à entendre les opposants au projet, ses impacts sur l’environnement vont être innombrables : risques de pollution au cyanure donc, bruit, destruction de la forêt, émissions de gaz à effet de serre, rejets d’arsenic...

 

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Fin juin 2006, un [collectif] marqué à gauche, réunissant […] partis politiques, syndicats, associations écologistes et organisations citoyennes, s’est mis en place : NON à Cambior en Guyane [renommé par la suite NON au projet IamGold à Kaw]. Affichant un appui des présidents des conseils régional et général, ce collectif dénonce le « soutien implicite de l’Etat » au projet de Camp Caïman et une pétition critiquant ses « effets néfastes » a été lancée sur la Toile.

 

Face aux multiples protestations, Nelly Olin a annoncé – dès fin mai 2006 – l’envoi d’une mission d’inspection de son ministère, l’Ecologie, et de celui de l’Industrie, pour faire le point. Du rapport de cette mission allait dépendre l’avenir de Camp Caïman. Dans un sens ou dans l’autre, selon le ministère de l’Ecologie.

 

L’été passe ; à la rentrée, la nouvelle tombe : le projet est recalé. Pour les inspecteurs, s’il peut « être répondu de façon satisfaisante, par des mesures techniques et réglementaires, à la plupart des sujets d’inquiétude » de la population, deux points du projet, « où quelques lacunes ont été  relevées », posent en revanche problème et ne lui permettent pas d’être validé en l’état : « l’impact sur la faune et la flore » et « les conditions de rejet dans le milieu naturel des effluents cyanurés ». La mission recommande « par ailleurs de renforcer les mesures compensatoires » pour l’environnement. »

 

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Mi-décembre 2006, Cambiorqui entre-temps a fusionné avec IAMGOLD – présente de nouvelles demandes d’exploitation. La suite, c’est dans « Guyane française, l’or de la honte », publié le 26 septembre 2007 chez Calmann-Lévy.

 

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DERNIERE MINUTE : Le ministère de l’Ecologie de Jean-Louis Borloo et le ministère de l’Intérieur et de l’Outre-mer de Michèle Alliot-Marie ont annoncé début décembre le lancement d’une nouvelle expertise « conformément aux recommandations du Grenelle de l’Environnement. » Les deux ministères soulignent que le projet de Camp Caïman « a fait l’objet de débats [lors du Grenelle] tant au sein du groupe de travail ''Préserver la biodiversité et les ressources naturelles'' qu’à l’occasion de la journée de consultation locale qui s’est tenue en Guyane le 16 octobre dernier. Lors de la table ronde finale, les parties prenantes du Grenelle de l’Environnement ont préconisé une expertise complémentaire sur ce projet ».

 

De son côté, l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, au cours d’un déplacement en Guyane en novembre, a qualifié le projet de Camp Caïman de « pas opportun ».

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