Ces gendarmes qui pataugent dans la boue

Publié le par Axel M


[Anaconda : c’est le nom des missions de lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane.] Elles ont vu le jour sous l’impulsion de Jean-Philippe Danède. Affecté en septembre 2002 dans le département, ce jeune colonel prendra trois ans durant la tête de la gendarmerie, [n’hésitant pas à se rendre sur le terrain aux côtés de ses hommes dans la boue et l’humidité tropicale de la jungle.]

 

Droit comme un I, la voix grave et un faux air de Rambo, l’officier au parler cru et adepte des phrases chocs a un charisme certain. A peine débarqué en Amazonie française, il décide de mettre en place des opérations de lutte contre l’orpaillage plus structurées. Son idée, c’est de couper les voies  l’approvisionnement des chantiers pour étouffer les clandestins et de parachever le travail en détruisant les sites.

 

[…]

 

Si les modes opératoires des gendarmes ont évolué avec le temps, l’objectif reste bien de rendre l’activité aurifère la plus chère possible. Leur espoir, c’est qu’à force d’intervenir sur les sites et de perturber les voies d’approvisionnement, les prix grimpent jusqu’à atteindre des niveaux intenables pour les garimpeiros.

 

 […]

 

Environ 800 [gendarmes] sont actuellement positionnés en Guyane et deux escadrons sont plus particulièrement chargés de combattre l’activité aurifère clandestine. Jamais les effectifs n’ont été aussi fournis dans le département. Ils demeurent [cependant] trop faibles, notamment pour mener de grosses opérations Anaconda. Ils doivent tenir une zone de la taille d’un pays comme l’Autriche, bien moins peuplée, évidemment, mais tellement plus difficile d’accès ! Et l’orpaillage n’est qu’une de leurs missions.

 

[…]

 

Les bilans des missions Anaconda se révèlent malgré tout impressionnants : […] les gendarmes estiment que les pertes infligées à l’« adversaire » [se sont élevées entre 2002 et 2006] à 63 millions d’euros et des poussières.

 

Pourtant, le combat est bel et bien inégal. En face d’eux, les militaires trouvent des gens expérimentés, des sortes de trappeurs des temps modernes, qui ont apprivoisé la jungle. « Un Français qui part en forêt va parler de survie. Les Brésiliens disent, eux, qu’ils vont pique-niquer », remarque cet ancien orpailleur officiel reconverti dans le tourisme à Oiapoque [au Brésil]. Ils forcent l’admiration des gendarmes… qui louent leur résistance physique. « Vous leur donnez un peu de couac [farine de manioc], et ils marchent pendant deux-trois jours dans la forêt », résume ce sous-officier. La suite, c’est dans « Guyane française, l’or de la honte », publié le 26 septembre 2007 chez Calmann-Lévy.

 

Droits de reproduction réservés

 

Note : les gendarmes ne disposaient jusqu’à fin 2007 que d’un hélicoptère à eux. Il est prévu qu’un nouvel appareil, plus performant et attendu depuis des années, soit opérationnel début 2008.

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